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Droit à l’oubli numérique

La question du droit à l’oubli numérique a beaucoup fait parler d’elle récemment (voir par exemple sur le site du Monde et sur celui de Rue89).
Comment faire pour qu’une information compromettante ne vous suive pas toute votre vie, mettant par exemple en danger l’évolution de votre carrière professionnelle, vous forgeant une e-réputation délicate à contredire ?

Pour résoudre ce problème, le renforcement de la législation a été envisagé. Evidemment le caractère potentiellement international des données rend la question assez compliquée, le droit français ne s’appliquant pas aux Etats-Unis. Par exemple en France, à partir du moment où l’information publiée a un caractère diffamant, il est légalement possible de la faire retirer.
En revanche ce n’est bien sûr pas le cas d’informations qui ne vous plaisent pas mais qui n’en sont pas moins des faits indiscutables (par exemple une photo de vous un peu éméché lors d’une soirée, ou des propos grossiers que vous auriez laissés en commentant un article sur un blog). Bien sûr dans le cas des photographies il existe un droit à l’image, mais il peut lui aussi dans certains cas être difficile à faire appliquer.

Le problème de ces « débordements » numériques vient sans doute de la rapidité d’évolution du Web : avant que les internautes n’aient eu le temps de dire ouf le web était devenu conversationnel et, la question de la protection de leurs données personnelles n’avait pas encore été posée que tous avaient déjà rendu leur vie publique sur la toile.

Evidemment protéger la population, ceux qui n’ont pas encore conscience qu’ils se sont exposés à la vue de tous, est incontournable pour le législateur. Mais la présence en ligne étant pratiquement devenue incontournable aujourd’hui, cette question du droit à l’oubli numérique est indissociable d’une nécessaire éducation à l’Internet moderne. Car il vaut toujours mieux prévenir que guérir.

Culturofil est mort, vive Culturofil !

Le 31 décembre, Culturofil a fermé ses portes. Le magazine est toujours en ligne, mais il ne sera plus mis à jour. L’équipe a été dissoute, certains sont partis ici, d’autres vont aller par .

Je dois avouer que ça m’a fait quelque chose de prévenir les attachés de presse avec lesquels nous avons travaillé durant toutes ces années, ainsi que de publier les différents messages d’annonce sur le site, sur Facebook et sur Twitter.
Le plus dur aura sans doute été de prendre la décision de fermer, et je crois d’ailleurs que mes rédacteurs ont compris que je me dirigeais vers cela bien avant que je ne le comprenne moi-même. Mais une fois que ma décision a été prise, chaque email, chaque coup de fil que je recevais et chaque discussion tournant autour du sujet me confortaient dans l’idée que j’avais fait le bon choix.

culturofil.jpg

Pratiquement cinq ans de présence sur ce site, un paquet de compétences acquises, d’autres consolidées, de chouettes personnes rencontrées, des erreurs bien sûr, mais donc pas mal d’apprentissage en retour, de l’essoufflement parfois, du plaisir souvent, de la satisfaction rétrospectivement.

Culturofil est né des cendres de Points de vue, un site web que j’ai créé au début des années 2000 et dans lequel nous étions deux à écrire : un ami de lycée sur la musique, et moi sur le cinéma. L’ami en question n’ayant ensuite plus été disponible, il a été remplacé par Labosonic, premier rédacteur de Culturofil. L’idée pour moi c’était de créer un site plus gros, un espace qui allait me permettre de satisfaire mes envies éditoriales et techniques, et qui allait offrir une fenêtre de publication à des critiques culturels intéressés par l’aventure. De deux, puis cinq, nous avons terminé l’aventure à vingt, et pour moi c’en fut une belle.
J’y ai consolidé mes compétences techniques en création de site web, développé mon style rédactionnel, appris à communiquer en interne et en externe, à mettre en place des partenariats, à écrire pour le web, à gérer une communauté, à utiliser les réseaux sociaux, et j’en passe. Une expérience qui m’a permis de concevoir et de mettre en place des stratégies de communication et de développement qui ont porté leurs fruits. Culturofil a connu une croissance constante depuis son ouverture, et si le magazine ferme aujourd’hui c’est faute de temps : nous y avons tous été bénévoles, et nous avions tous en parallèle une vie professionnelle à construire, développer, confirmer, ou poursuivre.

C’est donc une page qui se tourne, et si certains membres de l’équipe se sont lancés dans de nouveaux projets pour rebondir, j’ai en ce qui me concerne choisi de me donner du temps. Du temps pour faire le deuil de cette partie de ma vie, du temps pour retrouver un travail (20h par semaine sur Culturofil, à force ça n’aidait pas vraiment ma recherche), du temps pour que le désir revienne. Parce que mine de rien, gérer un tel site est à la fois extrêmement enrichissant et formateur, mais aussi quelque peu usant. Pour l’instant ma présence sur Internet se limitera donc à des plaisirs simples, comme écrire sur ce blog, nourrir mon flux Twitter et ma page Facebook, et me remettre à poster des photos sur Flickr.
Je ne vous cache pas que j’ai tout de même un autre (tout petit, cette fois) projet web en tête, mais il sera toujours temps pour moi de le mettre en place, et de vous en parler, plus tard.

e-Réputation & commentaires : mauvaises pratiques

Comme je le disais dans mon article sur le community management et la e-réputation, Culturofil a été le théâtre de ce qu’il ne faut absolument pas faire si l’on souhaite positiver sa réputation sur le web. À l’occasion d’un article de Delphine Kilhoffer, dans lequel elle critiquait l’adaptation sur scène du 1984 de George Orwell, la production de ladite pièce s’est par deux fois faite passer pour un spectateur conquis en publiant de faux commentaires élogieux à la suite de l’article.

Ce que les entreprises qui agissent de la sorte oublient (ou ce à quoi elles refusent de penser), c’est tout simplement leurs clients. Alors qu’elles devraient les chouchouter, être à leur écoute, anticiper leurs besoins et leurs envies, elles font le mauvais calcul : en tant que consommatrice (et je pense que nous sommes très nombreux à être construits de cette façon), je me sens méprisée quand une entreprise me croit incapable de repérer de faux commentaires (construction des phrases, champ lexical, etc.) ou pense que la multiplication de commentaires positifs mettra mon libre arbitre dans le coma. Quel consommateur a envie d’être réduit à son pouvoir d’achat ? Quel consommateur ne reçoit pas ces tentatives de bourrage de crâne comme autant d’agressions ?
En pensant convaincre leurs clients que leur produit est le meilleur (ou dans l’exemple de Culturofil, que la pièce est excellente), ces entreprises produisent finalement l’effet inverse à celui escompté.

Cependant, soyons honnêtes, certaines ne méprisent pas autant leurs clients qu’elles le laissent croire. Quelques unes pensent pouvoir se débrouiller seules alors qu’elles n’en ont pas les compétences en interne (ce n’est pas parce que l’on sait comment fonctionne Facebook que l’on sait fédérer une communauté…), d’autres n’ont pas les moyens d’investir dans la gestion de leur e-réputation (en recrutant ou en externalisant).
La e-réputation est désormais sur toutes les lèvres, mais être présent sur Twitter pour faire comme tout le monde n’a aucun sens. Se rendre visible sur Internet est le fruit d’une stratégie, ce n’est pas un passe-temps. Un compte Twitter ou une page Facebook ne s’alimentent pas pendant la pause café. Bien sûr, tout un chacun peut se créer un profil, mais puisque nous parlons de réputation en ligne nous parlons de perception et de l’image que l’on renvoie aux autres. Les entreprises qui veulent se donner une étiquette « 2.0 » en ouvrant un compte Twitter pensent-elles réellement être crédibles si elles ne maîtrisent pas les bonnes pratiques de cet outil et ne savent pas comment l’alimenter ?

À l’inverse, ne pas être présent sur Internet par peur d’être confronté à des critiques négatives c’est faire l’autruche. Les clients n’attendent pas que des espaces spécifiques soient créés pour s’exprimer. Mais leur aménager des espaces dédiés, c’est au contraire canaliser leurs possibilités d’expression pour éviter qu’elles ne s’éparpillent, c’est montrer qu’on est à leur écoute, c’est se donner la possibilité de leur répondre : c’est donc gagner en crédibilité.
Le web est devenu conversationnel : dans le cas de mauvaises critiques, mieux vaut donc engager le dialogue avec leurs auteurs pour comprendre ce qui leur a déplu et leur montrer que l’on souhaite s’améliorer au tour suivant. Et ensuite, bien sûr, il faudra mettre en œuvre cette amélioration…

L’Imaginarium du Docteur Parnassus

Le problème quand les gens meurent, c’est qu’on attend d’eux que leur œuvre posthume soit la meilleure de toutes. Heath Ledger n’a pas échappé à la règle et, si sa prestation dans le dernier Batman, The Dark Knight, est d’ores et déjà passée à la postérité, ce ne sera sans doute pas le cas de son rôle dans l’Imaginarium du Docteur Parnassus.

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Pas qu’il y fasse du mauvais travail non, mais plutôt parce que le film lui-même est un fiasco. Heath Ledger nous a quitté sans avoir eu le temps de tourner toutes ses scènes et, au lieu de les tourner de nouveau avec quelqu’un d’autre à sa place, Terry Gilliam a choisi de passer le relais à d’autres acteurs dans les scènes manquantes. Oui, bon, pourquoi pas. Mais du coup son Imaginarium est devenu une curiosité, au-delà de la question du jeu d’acteur de Heath Ledger, et notre attente s’est faite plus grande encore que pour The Dark Knight. Le choix de Terry Gilliam allait-il réellement lui permettre d’assurer la cohérence de son film, malgré la disparition de son acteur principal ?

C’est finalement ce défi qui donne tout son intérêt à l’Imaginarium du Docteur Parnassus, et malheureusement c’est aussi tout ce qu’il en restera. Car ni les personnages, ni le scénario n’arrivent à nous sortir de la torpeur dans laquelle les premières minutes ont réussi à nous plonger. On en arrive même à se demander ce que l’Imaginarium aurait donné sans Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell.

Community management, partie 3 : e-réputation & stratégie

Suite et fin (oui, bon…) de mes réflexions sur le community management, commencées dans un article sur les commentaires et dans un autre sur les réseaux sociaux.

S’il est évident pour la plupart d’entre nous que celui qui prend la parole au nom de son entreprise engage l’image de cette entreprise, de cette marque, puisqu’il la représente auprès de la communauté qu’il anime1, le fait que le community management nécessite un investissement certain en temps et en compétences pour être fructueux, n’est malheureusement pas encore une évidence pour tout le monde. Récemment encore par exemple, une production de théâtre a fait sur Culturofil tout ce qu’il ne fallait pas faire pour améliorer sa réputation en ligne (cela fera d’ailleurs sans doute ici l’objet d’un prochain billet)2.

Animer une communauté c’est être à l’écoute de ses membres, répondre à leurs attentes et les impliquer dans la vie de son entreprise. Par exemple à Culturofil, lorsque nous organisons des jeux-concours, nous glissons un petit mot pour féliciter nos gagnants dans l’enveloppe contenant leurs cadeaux. Plus important surtout, cette action fait partie d’un ensemble de choix visant à nous rapprocher encore un peu plus de nos lecteurs : par ces attentions particulières nous passons du statut d’expéditeur anonyme à celui de magazine en ligne sympa où il fait bon retourner. C’est une démarche qui correspond à l’identité de marque dans laquelle nous nous reconnaissons.
Gérer une communauté c’est par conséquent participer à la construction de sa e-réputation. Cela ne peut donc pas se faire en ermite, cela doit au contraire s’inscrire dans la stratégie de communication web de l’entreprise3.

Ce qui compte ce n’est pas d’être présent partout, mais d’être présent là où notre communauté est présente, là où nos lecteurs (dans le cas de Culturofil, les clients dans le cas d’une entreprise) se trouvent très probablement4.
Avant d’ouvrir un compte Twitter, un compte Facebook, un blog ou un site corporate, il faut définir ses besoins, ainsi que les buts que l’on souhaite atteindre. Croire que multiplier les points d’entrée augmentera votre visibilité c’est vous mettre le doigt dans l’œil : vous pourrez crier au loup dans le désert autant que vous le voudrez, personne ne viendra vous y sauver. Il ne s’agit pas de s’éparpiller sur le web, mais d’être présent là où cela sera utile à votre projet : tous ces supports ne sont pas des passages obligés ou des besoins. C’est dans l’autre sens que la question doit se poser : quelle est ma problématique, quel est mon besoin, quelle est la difficulté que je rencontre actuellement ou que j’anticipe ? Ces supports pourront alors, parmi d’autres dispositifs, être les solutions à un problème bien identifié en amont.

  1. Il est donc préférable que le community manager se reconnaisse dans les valeurs de son entreprise, dans ses produits, mais c’est un autre débat… []
  2. Publier des commentaires élogieux en se faisant passer pour des spectateurs heureux []
  3. Qui elle-même s’inscrit dans sa stratégie de communication globale []
  4. Pour cela il est évidemment nécessaire d’avoir une vision claire de son propre positionnement, de sa propre identité de marque, et du profil de sa cible []

Community Management, partie 2 : les réseaux sociaux

Je continue ma réflexion sur le community management, initiée avec un article sur l’animation de communauté à travers les commentaires, en prenant l’exemple de Culturofil.

La culture collaborative ne date pas d’hier dans notre magazine étant donné que, ne disposant pas de bureaux pour notre rédaction, nous avons toujours travaillé à distance les uns des autres : les listes de discussion sont notre outil de communication de base en interne.
C’est donc assez naturellement que nous avons décidé il y a quelques mois d‘être présents sur certains réseaux sociaux, d’une part pour augmenter notre visibilité, mais surtout pour communiquer avec nos lecteurs en dehors du cadre des commentaires, un cadre qui s’est révélé finalement assez restrictif puisqu’il nous permet d’échanger sur le contenu du magazine, mais pas sur le magazine lui-même.

Passons sur LinkedIn qui nous sert de vitrine corporate simplifiée.
Facebook et Twitter facilitent les interactions avec nos lecteurs. Ces deux réseaux nous permettent de toucher des cibles différentes1, et nous servent à communiquer sur nos événements à venir (nos concours par exemple) ainsi que sur ce qui fait notre quotidien (arrivée de nouveaux rédacteurs, déménagement chez un nouvel hébergeur etc.). Surtout il ne s’agit plus uniquement de faire en sorte que « les conversations ne se transforment pas en monologues »2, il s’agit aussi d’initier ces conversations, en sollicitant la communauté par exemple.
Mais être présent sur les réseaux sociaux pour nous, c’est aussi favoriser le sentiment d’appartenance de nos lecteurs, et de nos rédacteurs, et donc permettre une certaine fédération autour de notre « marque ».

Je rejoins donc évidement Bruno Boutot, Sylvain Grand’Maison, Mario Asselin et Jean-Luc SansCartier dans leurs interviews sur le blog du community management de Dominique Dufour, lorsqu’ils disent qu’il est nécessaire non seulement d’être disponible mais aussi d’avoir une capacité d’écoute et d’animation certaine pour gérer une communauté. Il est effectivement primordial de connaître les membres de sa communauté, pour être capable de répondre au mieux à leurs attentes, et de savoir faire rebondir les conversations.

L’aspect « manager » du poste me semble donc fondamental car il y a quelque chose de la gestion d’équipe dans la gestion de communauté. Le sous-texte contenu dans « community » est également important à mes yeux : non seulement il s’agit de connaître parfaitement les outils 2.0 afin d’être connecté au mieux à sa communauté3, mais surtout il faut considérer cette communication comme horizontale (et non comme top-down). Car si le community manager peut prendre la parole au nom de son entreprise, il doit toutefois se considérer comme un membre de cette communauté, et non comme une espèce de voix transcendante qui évangéliserait sa paroisse et viendrait de temps en temps secouer les puces de ses ouailles. Animer une communauté c’est échanger, et pour échanger il faut avoir confiance en la capacité de l’autre à avoir de bonnes idées.

  1. C’est une évidence pour certains mais pour les autres : les utilisateurs de Facebook et de Twitter n’ont pas le même profil []
  2. Voir à ce sujet mon billet cité plus haut sur l’animation de communauté dans la gestion de commentaires []
  3. ou « 3.0 »… L’idée ici c’est que ces outils ne doivent pas être utilisés pour faire comme tout le monde ou parce que ça fait bien, mais pour répondre à des besoins identifiés en amont. Ils doivent donc s’inscrire dans une stratégie de communication globale. []

Community management, partie 1 : les commentaires

La semaine dernière en entretien mon interlocutrice m’a demandé comment je gérais la communauté de Culturofil. Malheureusement je dois avouer que cela me paraissait tellement évident et naturel que je n’avais jamais éprouvé le besoin de théoriser la question auparavant et que ma réponse n’a donc sans doute pas été assez précise. D’ailleurs cela a été très instructif pour moi de constater que la gestion de communauté était très mal mise en valeur sur mon CV alors que j’en suis responsable (entre autres choses) pour Culturofil depuis quatre ans et demi. Une preuve de plus que ce qui va sans dire va tout de même mieux en le disant.

Je m’en viens donc inaugurer sur ce blog quelques billets de réflexion sur ma vision de l’animation de communauté : concernant les commentaires liés aux articles publiés dans Culturofil dans cette première partie, et ensuite concernant les autres interactions que je peux avoir avec la communauté de nos lecteurs (et celle des rédacteurs), sur les réseaux sociaux par exemple, ou à l’occasion des jeux-concours que nous organisons.

Si Culturofil a, comme tous les autres magazines, une identité qui lui est propre, liée à la spécificité de sa ligne éditoriale1, il faut reconnaître que nos lecteurs sont, justement du fait de cette ligne éditoriale, le plus souvent fidèles à une rubrique plutôt qu’au magazine dans sa globalité. Ce n’est donc pas une communauté unique avec de multiples profils que je suis amenée à appréhender, mais bien souvent une communauté par rubrique (donc six, voire sept si l’on compte celle de la rubrique jeunesse qui est transverse) inscrite dans une communauté plus large.

Ce qui est le plus important pour moi à respecter et à nourrir, c’est l’échange. Avec l’arrivée des blogs, puis des réseaux sociaux (très schématiquement puisque ce n’est pas le sujet ici), l’Internet moderne est devenu conversationnel. Ce qui était jusqu’à il y a quelques années cantonné à Usenet2, et ensuite aux forums, est aujourd’hui la base du web.
Gérer une communauté (ou plusieurs) à mon sens c’est donc principalement faire en sorte que les conversations restent conversations et ne se transforment pas en monologues. Côté public ce sera rebondir sur les arguments d’un internaute, en remercier en autre pour la pertinence de son intervention (par exemple lorsque l’on nous propose un lien intéressant pour continuer l’échange), etc. Côté privé ce sera inciter les rédacteurs de Culturofil à répondre aux commentaires qui leur sont adressés. Car ce n’est pas la réponse de Marie Guyot/Directrice de la rédaction que nos lecteurs attendent avant tout, mais celle d’un Julien Meyrat, d’un Labosonic ou d’une Delphine Kilhoffer dont le point de vue les a fait réagir.
Grâce à ces conversations, non seulement nous enrichissons notre réflexion personnelle, débutée dans nos articles, en confrontant nos points de vue à ceux des autres, mais surtout nous créons du lien avec nos lecteurs. Le bénéfice est donc direct pour chacun de nos rédacteurs, mais aussi pour le magazine lui-même. Car créer du lien, c’est donner envie de revenir, donner envie à nos lecteurs de parler du magazine autour d’eux (et par parler j’entends l’action orale mais aussi la diffusion numérique). C’est ce qui permet à notre audience de continuer à progresser.

Lorsque les commentaires ne sont pas des appels à conversation, il me semble qu’il faut tout de même y répondre pour essayer de créer ces liens. Bien sûr il ne s’agit pas de répondre pour répondre, de brasser de l’air en faisant coucou à nos lecteurs, mais plutôt de montrer que nous sommes bien à leur écoute même si leurs interventions n’entraînent pas de longs échanges passionnés autour de l’article sur lequel ces commentaires ont été faits. Qu’il s’agisse de répondre à une question technique sur une œuvre, de faire un lien vers notre charte utilisateur pour rappeler que l’agressivité et les attaques personnelles sont à proscrire, et qu’il est de bon ton d’accorder un peu d’importance à la grammaire et à l’orthographe3, leur prêter attention c’est participer à leur fidélisation.

C’est aussi ici que l’on sent que ce qui a été transposé de Usenet a bien évolué depuis. Par exemple à l’époque, lorsqu’une personne demandait des informations à la communauté, la première réponse qui lui était faite était systématiquement « Google est ton ami ». Les auteurs de ces questions étaient alors considérés comme des assistés par les membres de la communauté. Aujourd’hui, lorsqu’on nous demande quand paraîtra le tome 2 de tel roman, ou si tel film est déjà sorti en DVD, cela ne nous viendrait pas à l’esprit de les renvoyer vers un moteur de recherche (enfin, chez nous, à Culturofil), même si bien souvent c’est par ce biais-là que nous trouvons nous-mêmes les réponses à leurs questions. C’est une histoire de lien et, encore une fois, de e-réputation : en faisant ce choix-là nous privilégions la proximité et la disponibilité. Usons d’une métaphore littéraire afin de rester dans le domaine culturel : nous positionnons ainsi Culturofil plus comme un libraire de quartier, qui a lu tous les livres qu’il conseille ou déconseille, que comme un employé de la Fnac qui est payé à ranger les livres plutôt qu’à s’y plonger.

  1. Le fond commun est la publication de critiques culturelles argumentées, d’analyses d’œuvres, mais ce sont nos rédacteurs qui donnent le ton à leur rubrique car ils choisissent eux-mêmes leurs sujets, sans que ni DK ni moi ne nous autorisions à intervenir []
  2. Pour les plus jeunes d’entre nous : c’est ici que tout à commencé, ici que la loi de Godwin s’est vérifiée pour la première fois et que les premiers trolls ont fait leur apparition []
  3. D’ailleurs toute la question de la modération se pose ici, avec celle de la limite entre agression et diffamation – si je supprime un commentaire trop agressif je passe pour une vilaine despote, et si je le laisse je risque le troll. Ici nous sommes confrontés à des questions légales, mais aussi à des réflexions sur notre e-réputation, et l’image de marque n’étant pas une science exacte, il s’agit bien souvent de « sentir » les choses, d’avoir suffisamment d’intuition pour réagir avec souplesse et de façon adaptée []

Visibilité VS contenu

« Une information, c’est quelque chose que quelqu’un, quelque part, veut faire supprimer. Tout le reste, c’est de la publicité. » (attribuée à Alfred Harmsworth et trouvée sur Ecrans)

Suite à une remarque de quelqu’un qui me disait tout à l’heure avoir parcouru mon blog, je me suis fait la réflexion que je n’y écrivais pas assez souvent. La faute au temps sans doute, à mon organisation certainement (je suis un peu dans le même état d’esprit que DK en ce moment même si, elle, elle publie bien plus que moi), mais aussi et surtout à mon refus de ne faire que répéter du contenu disponible ailleurs.

Je pourrais effectivement éditer un billet quotidien dans lequel je me contenterais de faire des liens vers les articles que je lis sur le web, en ajoutant parfois quelques commentaires très recherchés du type « slides très intéressantes » ou « analyse pertinente ».
Mais communiquer, à mon sens, ce n’est pas faire de la mousse, ni essayer de faire croire à un lectorat potentiel que j’ai quelque chose à raconter (et à l’heure où tout le monde parle d’e-réputation – ici, ici et ici par exemple -, ce qui est vrai pour les individus est vrai aussi pour les entreprises). C’est au contraire proposer un véritable contenu, apporter une certaine valeur ajoutée (dans une agence on dirait « être différenciant »). Il faut avoir quelque chose à dire, une information à partager.

Se rendre visible est une chose. Mais s’agit-il de se rendre visible pour être visible, ou de se rendre visible parce que l’on a quelque chose à dire ?

Faire le bon choix

Ce week-end je suis allée voir Julie & Julia au cinéma avec ma sœur, une petite comédie rafraîchissante avec Meryl Streep et Amy Adams, dans laquelle cette dernière incarne une jeune femme en pleine quête identitaire. Confrontée à des amies qui n’en sont pas vraiment, à un travail qui ne correspond pas (ou plus ?) à ses aspirations, elle va subitement se fixer un défi : réaliser en 365 jours les 524 recettes du livre de cuisine de Julia Child, et publier le tout sur un blog.

Ce besoin de donner un but à sa vie m’a rappelé une conversation que j’ai eue récemment avec DK : c’est fou aujourd’hui le nombre de personnes dont l’emploi est purement alimentaire.
Surtout, force est de constater que cette situation est subie, et non pas choisie. Soit l’activité que nous essayons de développer (écrire des livres, composer des chansons, se produire sur une scène de théâtre…) ne nous rémunère pas (pas assez ou pas encore, mais le fera-t-elle un jour ?), soit l’emploi qui correspond à notre formation et à nos compétences n’est pas disponible sur le marché (d’ailleurs, et je suis sûre qu’il y en a que ça intéresse, n’est-ce pas, moi je le suis, disponible).

Alors qu’il y a quelques années l’emploi alimentaire était étroitement lié au statut d’étudiant (venu de la province s’installer dans la capitale, le jeune, rarement fils de riche, a déjà besoin de payer son loyer), il me semble que cette situation s’est généralisée. D’abord, effectivement, du côté des étudiants, pour répondre à un besoin d’indépendance (les parents financent rarement les sorties du samedi soir). Ensuite, de tous les côtés, pour faire face à une société en crise.
Crise économique bien sûr, mais aussi crise sociale, qui nous fait réaliser, souvent un peu tard, que la carrière que nous nous sommes tracée ne nous correspond finalement pas.

Parce qu’aujourd’hui, personne ne nous fait prendre conscience ou ne nous incite, quand il en est encore temps, à nous poser les bonnes questions sur nous-mêmes : qui suis-je, qu’est-ce que j’aime faire, quelles sont les études possibles pour atteindre mon but, quelles sont mes qualités, quels sont mes défauts, que puis-je améliorer ?
Je me souviens, lorsque j’étais encore à l’université, m’être interrogée sur la pertinence de continuer mes études jusqu’au doctorat, parce que l’idée d’enseigner me plaisait bien. Mon directeur de recherche, que je respecte énormément par ailleurs, m’avait alors vaguement répondu que je n’avais qu’à continuer et me poser la question une fois mon doctorat entamé. Heureusement, je n’ai pas suivi ce conseil (mais ceci dit, cela ne m’a pas empêchée d’être au chômage…), car les places d’enseignants dans ma filière se comptaient alors (et se comptent sans doute toujours) sur un doigt.

Dans une société où la première question que l’on pose lorsqu’on rencontre quelqu’un est « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? », une véritable introspection avant de faire des choix me paraît nécessaire et, surtout, il me paraît nécessaire que les générations futures grandissent en ayant cette idée en tête.
Mais qu’est-ce qui serait le plus facile et rapide à intégrer dans notre façon de fonctionner ? L’idée qu’il faut faire des choix réfléchis, ou l’idée que nous ne sommes pas réduits à notre activité salariée ?

Chaîne de mail 2.0 : taguer un blog

Ceux qui me connaissent bien le savent : dans les années 90 j’étais la fille pas drôle qui brisait toutes les chaînes de mail, en refusant non seulement de répondre aux questions qu’elles contenaient, mais aussi de les faire suivre.
Et encore, je ne parle pas des messages qui cherchaient la viralité en demandant au destinataire de faire suivre, à 14 contacts pour sauver la vie d’une petite cancéreuse, ou à 8 contacts pour être sûr de ne pas mourir le soir-même à 23h17 (ou vice versa).

Avec le temps il m’a semblé que ce type de chaîne avait tendance à disparaître (mais je ne suis pas devenue plus drôle pour autant). Et voilà-t-y pas que l’autre jour, je tombe sur le billet publié par Hopie sur son blog de cuisine, billet dans lequel elle participe à ce qu’on pourrait appeler une chaîne de mail 2.0 : son blog a été tagué en bleu, ce qui signifie qu’elle a dû à son tour poster sept photos d’objets bleus trouvés chez elle, et faire ensuite tourner à sept de ses voisins de blogosphère.

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J’en étais encore à ricaner devant mon ordinateur lorsque DK a été taguée à son tour, et a décidé pour je ne sais quelle raison étrange de me faire participer…

Evidemment je l’ai maudite, j’ai envisagé très fort de rester fidèle à moi-même et de briser sa chaîne-de-tag-sur-blog. Mébon, vous savez ce que c’est… Et puis surtout, c’est son anniversaire aujourd’hui à DK, je ne pouvais quand même pas lui faire ça. Alors voilà cocotte, ce que tu as mérité pour avoir été sage cette année (tu y réfléchiras à deux fois pour ton cadeau de l’année prochaine) :

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Une amulette-papillon pour la vie sociale, rapportée du Japon. Depuis j’ai des amis.

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Du papier cadeau bleu (bon anniversaire DK !) à côté de quelques accréditations datant de l’époque où je pouvais consacrer plus de temps à Culturofil.

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Le DVD du Grand bleu (oui, je sais, elle est facile celle-là).

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Quelques livres bleus. Pour ceux que ça intéresse, il s’agit de London City Highlights chez teNeues (bon anniversaire DK !), Petits poèmes en prose de Baudelaire, La photographie argentique de René Brenguier, L’épreuve du réel à l’écran – Essai sur le principe de réalité documentaire de François Niney, L’écrit web – Traitement de l’information sur Internet de Joël Ronez, et d’un livre de cuisine sur les muffins.

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Une affiche avec une voiture bleue dedans. Le genre de voiture que je conduirais volontiers si j’avais mon permis.

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Du kayumi bye bye, lui aussi rapporté du Japon, posé près du lit en cas d’attaque nocturne de moustique.

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Une tasse rapportée de Abbey Road à Londres, avec du thé au jasmin dedans et des Beatles bleus dessus. Histoire de fêter la sortie de leurs albums remasterisés.

Voilà ! (et non, je ne taguerai personne à mon tour, il ne faut quand même pas trop m’en demander)