Mon Cinéma

Contenu, critique, culture et chocolat

De la difficulté d'être critique (ou quand le buffet permet d'évaluer l'œuvre)

| 5 commentaires

« Puisque ce blog est aussi censé parler un peu de culture… » (petite phrase d’introduction, spéciale dédicace à DK qui se reconnaîtra).

Quand on écrit pour un magazine culturel particulièrement génial (oui, bon, je sais, je suis de parti pris…), on est régulièrement invité à des événements, comme par exemple la « Grande avant-première corporative» du Misanthrope au festival Onze Bouge. Une belle soirée en perspective puisque cela se passait près de chez moi dans une salle accessible en transports en commun, et que nous étions ensuite conviés au cocktail qui est de circonstance lors d’une avant-première.

Malheureusement, être critique culturel signifie aussi parfois se forcer à lire jusqu’au bout un roman écrit avec les pieds, lutter contre le sommeil devant un film ennuyeux au possible, [ami journaliste, tu peux remplir cet espace comme bon te semble], ou assister à des représentations théâtrales ratées. Ceci dit, en général, lorsque nous sommes confrontés à ce type de situation, nous pouvons bien souvent nous consoler grâce la bonne volonté de l’auteur/du compositeur/du metteur en scène. Ça arrive à tout le monde de se ramasser, l’essentiel c’est de se relever et d’apprendre.

Là où ça devient douloureux, c’est quand un metteur en scène se met à remercier comme s’il était à Cannes (« Mon père, ce grand homme de théâtre ») parce qu’un vague ministre est dans la salle; quand des comédiens déclament leur texte au lieu de donner la réplique à leurs collègues; quand La flûte enchantée débarque au milieu d’une pièce de Molière avec des danseuses en tutu; quand une soprane qui n’en est pas capable se met subitement à massacrer chanter l’air de la reine de la nuit… Passe encore qu’un groupe de jeunes spectatrices aient fait passer la représentation pour la fête de fin d’année de l’école du coin, en préférant saluer l’amitié plutôt que le talent avec leurs cris et leurs applaudissements. Le pire restait à venir (si, si, je vous assure).

Non content en effet de nous avoir fait rire jaune pendant deux heures, le metteur en scène s’est senti obligé à la fin des applaudissements, de réclamer au public des marques d’affection. Avec une petite chansonnette ridicule au possible du type « si vous avez aimé dites oui et tapez dans vos mains ».

- Naaaaannnnn!

- Siiiiiii, jt’assure c’est vrai…

- Mais qu’est-ce que t’as fait alors?

- J’ai fait comme tout le monde dans ces cas-là, j’ai essayé de me consoler avec le buffet.

Là vous vous dites « quand même, elle est gonflée, elle est invitée au théâtre, on lui propose un cocktail ensuite, et elle trouve le moyen de se plaindre! ». Eh oui! Je suis comme ça moi, je râle. Surtout quand on essaie de me faire passer la pilule avec de la piquette, des cubes de gruyère industriel et des baklava réduits en bouillie. Vous me croyez ingrate, alors qu’il s’agit tout simplement d’éthique. Pensez-vous réellement que nous devrions dire du bien des œuvres sous prétexte que nous faisons partie des « privilégiés » qui ont droit au buffet ?

Ceci dit, j’avoue que tout n’était pas à jeter hier soir. Certaines chorégraphies un peu sportives avaient le mérite de rendre la pièce un peu vivante, et les petits gâteaux au chocolat nous ont permis d’atténuer quelque peu notre mauvaise humeur. En somme le buffet, pendant parfait de la pièce, nous aurait permis à lui seul de rédiger la critique de ce Misanthrope.

Messieurs les gentils organisateurs, la prochaine fois, peut-être vaudrait-il mieux nous épargner la représentation et les crampes d’estomac et nous envoyer le menu du buffet par courrier électronique ?

Auteur : Marie Guyot

Bonjour et bienvenue sur mon blog ! N'hésitez pas à me contacter si vous le souhaitez

5 commentaires

  1. Et dire que tout est vrai !
    En tout cas, c’était bien d’y être allé à deux : seule, j’aurais peut-être tentée un suicide à la charpie de baklava en repensant aux tutus et tout le reste… Faut pas croire, les critiques sont des petits êtres sensibles qui peuvent être vraiment blessés par les mauvais spectacles, puis achevés par les buffets qui les suivent !

  2. Si j’ai tout bien suivi, la pièce aurait mérité un (petit) four?
    o_Ô

  3. La Trollette je suis morte de rire ;-)
    C’était tout de même une soirée assez particulière puisque certains comédiens avaient échangé leur rôle à la dernière minute pour pallier l’absence du rôle-titre qui était malade. Je crains cependant que la représentation aurait été tout aussi douloureuse si chacun avait été à sa place…

    DK : oui, y aller à plusieurs permet aussi de relativiser et de rire de ce qui est affligeant!

  4. J’étais présente le soir de cette représentation, habitante du 11ème, j’aime profiter du Festival Onze bouge depuis quelques années et je trouve vos commentaires totalement faux. J’ai trouvé cette pièce très bien monté, drôle et pour une fois un texte en alexandrin nous parvenait. Je trouve original et divertissant le fait d’intégrer de la musique, des danses et le combat des acrobates m’a époustouflée. Je n’étais pas au cocktail, n’étant pas privilégié comme vous, mais je trouve ces critiques de pseudo journaliste parisienne branchée, inutiles et en aucun cas constructives. Des amis à moi sont venus sans places réservées, ils n’ont pas pu rentrer car la salle était pleine, si vous allez à un spectacle pour y manger des petits four, Paris regorge de vernissage ou le champagne y est gratuit, vous laisserez ainsi vos places a des gens qui souhaite assister au spectacle, sans apriori, ni arrière pensée.

  5. Chère Lucille,

    Contrairement à ce que vous avez l’air de penser, je ne suis pas venue à cette représentation avec mes préjugés sous le bras. Si j’avais envisagé que la soirée serait aussi douloureuse, je serais sans doute allée au cinéma. Je ne vais pas aux avant-premières pour me nourrir, j’ai, heureusement, de quoi faire à la maison.
    Ceci dit, désolée pour votre ami. Je ne sais pas ce qu’il en était de votre côté, mais en tout cas, du mien, il restait quelques sièges vides. Problème d’organisation peut-être ?

    Une fois montée, une pièce ce n’est plus uniquement un texte, c’est aussi la mise en scène, le jeu des acteurs etc. Je n’ai rien contre les danses et les chants en plein milieu d’une pièce de Molière, il me semble même d’ailleurs avoir loué les acrobaties dans mon article ci-dessus. Mais l’idée de suffit pas.

    Alors, si être une « pseudo journaliste parisienne branchée » c’est pointer du doigt ce qui ruine le texte d’origine, je revendique mon titre.
    Et ne me dites pas qu’à vos oreilles la soprane chantait juste.

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont marqués par *.

*