Ce week-end je suis allée voir Julie & Julia au cinéma avec ma sœur, une petite comédie rafraîchissante avec Meryl Streep et Amy Adams, dans laquelle cette dernière incarne une jeune femme en pleine quête identitaire. Confrontée à des amies qui n’en sont pas vraiment, à un travail qui ne correspond pas (ou plus ?) à ses aspirations, elle va subitement se fixer un défi : réaliser en 365 jours les 524 recettes du livre de cuisine de Julia Child, et publier le tout sur un blog.
Ce besoin de donner un but à sa vie m’a rappelé une conversation que j’ai eue récemment avec DK : c’est fou aujourd’hui le nombre de personnes dont l’emploi est purement alimentaire.
Surtout, force est de constater que cette situation est subie, et non pas choisie. Soit l’activité que nous essayons de développer (écrire des livres, composer des chansons, se produire sur une scène de théâtre…) ne nous rémunère pas (pas assez ou pas encore, mais le fera-t-elle un jour ?), soit l’emploi qui correspond à notre formation et à nos compétences n’est pas disponible sur le marché (d’ailleurs, et je suis sûre qu’il y en a que ça intéresse, n’est-ce pas, moi je le suis, disponible).
Alors qu’il y a quelques années l’emploi alimentaire était étroitement lié au statut d’étudiant (venu de la province s’installer dans la capitale, le jeune, rarement fils de riche, a déjà besoin de payer son loyer), il me semble que cette situation s’est généralisée. D’abord, effectivement, du côté des étudiants, pour répondre à un besoin d’indépendance (les parents financent rarement les sorties du samedi soir). Ensuite, de tous les côtés, pour faire face à une société en crise.
Crise économique bien sûr, mais aussi crise sociale, qui nous fait réaliser, souvent un peu tard, que la carrière que nous nous sommes tracée ne nous correspond finalement pas.
Parce qu’aujourd’hui, personne ne nous fait prendre conscience ou ne nous incite, quand il en est encore temps, à nous poser les bonnes questions sur nous-mêmes : qui suis-je, qu’est-ce que j’aime faire, quelles sont les études possibles pour atteindre mon but, quelles sont mes qualités, quels sont mes défauts, que puis-je améliorer ?
Je me souviens, lorsque j’étais encore à l’université, m’être interrogée sur la pertinence de continuer mes études jusqu’au doctorat, parce que l’idée d’enseigner me plaisait bien. Mon directeur de recherche, que je respecte énormément par ailleurs, m’avait alors vaguement répondu que je n’avais qu’à continuer et me poser la question une fois mon doctorat entamé. Heureusement, je n’ai pas suivi ce conseil (mais ceci dit, cela ne m’a pas empêchée d’être au chômage…), car les places d’enseignants dans ma filière se comptaient alors (et se comptent sans doute toujours) sur un doigt.
Dans une société où la première question que l’on pose lorsqu’on rencontre quelqu’un est « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? », une véritable introspection avant de faire des choix me paraît nécessaire et, surtout, il me paraît nécessaire que les générations futures grandissent en ayant cette idée en tête.
Mais qu’est-ce qui serait le plus facile et rapide à intégrer dans notre façon de fonctionner ? L’idée qu’il faut faire des choix réfléchis, ou l’idée que nous ne sommes pas réduits à notre activité salariée ?
29 septembre 2009 at 10 h 54 min
« et tu fais quoi dans la vie? »
« Je respire pour pas crever! » que je répondais à une époque. Aujourd’hui, je provoque toujours mais en disant que je suis ménagère de moins de cinquante ans…
Je vais peut-être finir par répliquer que j’exerce un non-boulot non-alimentaire…
o_Ô
ça fait déjà un moment que dure, pour moi, cet état de non travail non alimentaire… mais je me souviens encore très bien d’avoir dit à longueur de journée, dans mon dernier boulot, que je n’avais même pas le temps de pisser… je me souviens aussi d’avoir pensé que c’était parce que je n’étais pas assez efficace, pas assez bonne dans mon travail… ce n’est qu’après avoir enfin eu une semaine de vacances pendant lesquelles les journées semblaient longues, si longues… que j’ai réalisé que je n’étais pas en cause, que si je n’abattais pas le boulot de trois personnes, peut-être que je l’aurais, le temps d’aller pisser, et de manger correctement aussi et même de prendre l’air…
Pour réfléchir, il faut du temps.
Et l’organisation du travail est telle qu’il n’y a pas de temps mort possible… et le pire c’est que ces « méthodes » sont appliquées à la vie de tous les jours…
Impossible de prendre le bus sans que quelqu’un nous inflige ses conversations personnelles… sans avoir l’écoute brouillée par les grésillement d’une musique abrutissante écoutée à toute berzingue dans des casques de mauvaise qualité… pareil pour les expositions où il y a toujours plus de gens incapables de lire en silence… pas un magasin, pas une cathédrale sans fond sonore… pas de radios sans ses rations égales de pubs et campagnes préventives nationales de toutes sortes…
Comment réfléchir dans ces conditions?
Oui mais ça fout la trouille, ces pensées en boucle qui nous disent que la vie, la vraie, est peut-être ailleurs?
Alors on remet son casque sur les oreilles et dans la foulée on empêche aussi son voisin de réfléchir…
Ce qu’il faudrait, c’est qu’on s’arrête tous, qu’on s’assoie par terre, qu’on se taise et qu’on souffle un peu… pour enfin commencer à pouvoir réfléchir vraiment, même si ça fout les jetons…
Pas gagné…
30 septembre 2009 at 19 h 46 min
Excellent billet. Je plussoie avec tes interrogations et viens m’asseoir avec La Trollette et toi pour réfléchir en silence…
1 octobre 2009 at 17 h 43 min
Tiens, dans Psychologies Magazine ce mois-ci (oué des fois faut que je lise des trucs plus simples que Télérama…o_Ô), un article sur les personnes qui se sont arrêté de travailler… je n’ai pas encore lu les interviews mais ça a l’air intéressant.
11 novembre 2009 at 19 h 25 min
Alors ce dossier spécial La Trollette, ça donne quoi ?