Avec Le jeu de la mort, son documentaire diffusé hier soir sur France 2, Christophe Nick reproduit à sa façon l’expérience de Milgram sur un plateau de télévision et pointe du doigt le caractère manipulateur que peuvent avoir nos émissions. L’idée : sélectionner des candidats qui ne sont jamais allés sur un plateau télé, et les pousser à infliger une décharge électrique de plus en plus puissante à un autre joueur (en fait un comédien qui se sera discrètement esquivé de sa chaise), s’il ne répond pas correctement aux questions qui lui sont posées. Seule une poignée va se rebeller et refuser d’infliger les « châtiments » requis par le jeu. 80% des participants iront jusqu’au bout, c’est-à-dire qu’ils actionneront la manette censée infliger une décharge de 460 volts à leur partenaire de jeu, alors même qu’ils l’entendent souffrir1.

Le réalisateur nous apprend dans son film que regarder le petit écran est notre deuxième activité principale (nous y passons 14 ans en moyenne dans une vie), après le sommeil et avant le travail (9 ans en moyenne). L’équipe de penseurs que nous voyons dans le documentaire soutient principalement l’idée que la télévision serait devenue le repaire d’affreux pervers manipulateurs, tandis que le monde de l’entreprise serait relativement protégé en comparaison, notamment grâce à son système hiérarchique et à de supposées possibilités de sanctions.
Alors oui, les candidats du jeu La Zone Xtrême2 sont seuls face à la présentatrice-tortionnaire, il leur est donc d’autant plus difficile d’aller à l’encontre de la pression qui leur est infligée. Et oui, nous passons dans une vie plus de temps devant la télévision qu’au travail. De là à affirmer, comme le fait Christophe Nick, que la télévision est une menace plus importante sur le plan psychique que le monde du travail, il y a un fossé qu’il aurait été préférable de ne pas franchir.
Car si sur un plateau de télévision le candidat est seul, l’émission a une fin programmée qui arrivera plus rapidement que notre retraite. Il « suffit » donc, à ceux qui n’arrive pas à dire non, d’attendre que ça passe pour en sortir, ce qui n’est en général pas le cas en entreprise. Surtout, si dans notre société tout le monde est obligé de travailler pour vivre, personne n’y est forcé de participer à une émission de télé, ni même de regarder le petit écran.

N’oublions pas non plus que la télévision est uniquement le fruit de ce que nous en avons fait. Des hommes mis en scène, au départ ce sont des hommes. Les dérives de la télévision ne sont donc pas une exception, une nouveauté à surveiller et dont il nous faudrait nous méfier, ce sont le reflet d’évolutions qui ont déjà eu lieu dans notre société. Mais peut-être est-il plus simple de dénoncer les conséquences plutôt que d’essayer de venir à bout de leurs causes?
19 mars 2010 at 19 h 16 min
Yep, bonnes questions que tu soulèves là… et je t’invites à venir en causer directement avec l’intéressé le 20 mai prochain à 19h30, lors d’un débat avec Christophe Nick, organisé à la Maison Verte (127, rue Marcadet 75018 Paris). Eh oui, je profite ignominieusement de ton blog pour faire un coup de pub !